US Open 2026 | Simple messieurs - Après Arthur Fils, Rafael Jodar a lui aussi fait naufrage : le douloureux apprentissage par la gifle

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Comme Arthur Fils, mais dans des proportions encore plus spectaculaires, Rafael Jodar a sombré dès le premier tour de l'US Open, laminé mercredi par le lucky loser chinois Bu Yunchaokete (6-2, 6-1, 6-1). Pour les deux grands espoirs du tennis mondial, peut-être arrivés un peu à bout de souffle à New York, voilà une gifle qui montre que le chemin vers les sommets n'est jamais totalement tracé.

Méconnaissable, Jodar balayé en trois sets par Yunchaokete Bu

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Et Rafael Jodar, il est surcoté lui aussi ? Parce qu'évidemment, après la défaite d'Arthur Fils lundi au premier tour de l'US Open face à Stefanos Tsitsipas, on n'a pas échappé à la double peine. Entre les chasseurs de melon et les éternels pourfendeurs du système fédéral, les "haters" traditionnels du jeune Français - qui était arrivé à New York dans la peau d'un gros outsider après son titre à Cincinnati et qui en est reparti la tête basse - s'en sont donnés à cœur joie, abreuvant le monde entier de leur morale opportuniste et de leur expertise pointue du tennis de très haut niveau. Fils ? Ils vous l'avaient bien dit : ce n'est qu'un imposteur.
On ne sait pas si Rafael Jodar aura droit au même traitement de faveur en Espagne, après son incompréhensible explosion en vol mercredi soir face au lucky-loser chinois Bu Yunchaokete (défaite 6-2, 6-1, 6-1 en 1h49), 124e mondial, qui n'avait, à 24 ans, jamais remporté le moindre match dans un tournoi majeur jusqu'à présent. On imagine quand même que non, dans un pays qui cultive généralement une approche plus mesurée du sport, et qui surtout peut s'offrir le luxe de laisser en paix ses aspirants champions, rassasié de tant de gloire depuis tant d'années.
Et pourtant, il en va de Jodar comme de Fils : le jeune Madrilène, qui fêtera ses 20 ans dans deux semaines, était arrivé avec une énorme pancarte après une remarquable tournée nord-américaine, marquée notamment par une finale à Washington et une demie à Montréal, dans le prolongement d'une progression faramineuse cette saison. Et puis, patatras : le voilà qui a sombré lui aussi dans les grandes largeurs, subissant une défaite presque trop grosse pour être vraie, même s'il n'a strictement rien voulu en dire en conférence de presse.
Ce sont des choses qui arrivent, nous sommes humains. Mais l'erreur serait de n'en tirer aucun d'enseignement. 
"Il a mieux joué que moi. J'ai fait de mon mieux, mais ça n'était pas mon jour, s'est borné à répéter le 13ème joueur mondial, manifestement agacé mais qui n'a avancé aucune excuse sur le plan physique. Je suis nouveau sur le circuit et je dois apprendre de ce genre de défaite, afin de faire en sorte que cela ne se reproduise plus. Ce sont des choses qui arrivent, nous sommes humains. Mais l'erreur serait de n'en tirer aucun enseignement." C'est court, mais le fond de son discours est le même que celui d'Arthur Fils : la défaite fait très mal, elle n'était pas prévue au programme mais il n'y a aucune excuse. Elle fait partie du "process" d'apprentissage.
Le seul point commun que l'on puisse raisonnablement trouver entre le crash du jeune Français et celui du jeune Espagnol est que globalement, ceux qui ont laissé beaucoup de gomme durant la tournée estivale l'ont payé cash à New York. Même si son élimination a fait moins de bruit, il faut également citer Brandon Nakashima : finaliste à Montréal, demi-finaliste à Washington et Cincinnati, l'Américain a lui aussi fait naufrage mercredi – mais au deuxième tour -, nettement dominé par son compatriote Alex Michelsen (6-3, 6-4, 6-4).
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"Fils ressort flingué, ça ne pourra que le faire grandir"

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On n'ira pas jusqu'à dire qu'il vaut mieux aujourd'hui se faire discret sur le circuit pour mieux briller en Grand Chelem. Mais on ira encore moins prétendre qu'entre le format en deux sets gagnants et celui en trois sets, on a affaire à deux sports différents. Car c'est ce qu'on a pu lire ou entendre, et pas qu'une fois, pour "justifier" la dichotomie entre les bons résultats d'Arthur Fils sur la saison régulière, et sa feuille de perfs encore maigre dans les tournois majeurs, où un huitième de finale atteint à Wimbledon en 2024 demeure son meilleur résultat. Il faut quand même rappeler que Fils a joué nombre de ces Grands Chelems en étant loin de son meilleur niveau. A l'US Open, il s'agit de sa première "vraie" contre-performance, du moins la plus retentissante.

Le conseil d'Alcaraz à Jodar

Pour Rafael Jodar, quart de finaliste à Roland-Garros cette année pour sa deuxième participation à un Grand Chelem, le bilan est meilleur. Mais pas encore tout à fait à la hauteur d'un joueur qui figure parmi les sérieux prétendants à une qualification pour le Masters de fin d'année. C'est un euphémisme de dire qu'on attendait mieux du Madrilène à l'US Open. Le crash n'en est que plus monumental, au point que Carlos Alcaraz lui-même a dû y aller de son conseil auprès de son jeune compatriote.
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"À ce rythme-là, il sera aux Masters !" Le phénomène Jodar est bien en route

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Après sa qualification pour le troisième tour face à Jaime Faria, le tenant du titre, arrivé à New York après quatre mois d'absence forcée, a souligné l'importance de se ménager des pauses plus ou moins longues, en cours de saison. Ce que n'a probablement pas assez fait Jodar, arrivé à New York dans un état de fatigue extrême après avoir beaucoup joué et beaucoup gagné, avec en prime la pression inhérente à son nouveau statut.
Pour lui comme pour Arthur Fils, voilà donc des enseignements concrets à tirer de cette gifle imprévue. Ce sera certainement plus productif que de mettre en opposition les tournois "normaux" et les tournois du Grand Chelem, comme s'il s'agissait de deux univers parallèles, peuplés de joueurs différents. Bien sûr, comme l'a lui-même souligné le Français, il y a une composante physique et mentale différente à appréhender. Mais c'est justement cela qui fait partie du "process". Il n'y a aucune fatalité à être un grand joueur de tennis qui ne réussirait pas dans les plus grands tournois. Cela n'existe pas.

Grand Chelem et Masters 1000 : une opposition qui n'a pas de sens

Bien sûr, si l'on regarde le palmarès intégral des vainqueurs de Masters 1 000, on trouvera des noms moins ronflants que d'autres. Ou même des joueurs qui n'ont pas (ou pas encore) atteint la moindre demi-finale en Grand Chelem, comme Jack Sock, Fabio Fognini, Borna Coric, Andrey Rublev, Alexei Popyrin ou plus récemment Valentin Vacherot. Mais il n'y a pas d'escrocs dans ce genre de liste. On peut gagner un tournoi de ce niveau parce qu'on a été capable de saisir une opportunité. Mais on le gagne, surtout, parce qu'on possède les qualités tennistiques intrinsèques pour le faire.
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"Quand tu gagnes un Masters 1000, on ne te regarde plus de la même manière"

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Dire que le tennis en Grand Chelem constitue "un autre sport" est un non-sens : dans l'immense majorité des cas, les vainqueurs de Masters 1 000 et des tournois majeurs sont les mêmes. Y compris depuis la généralisation du format en 12 jours, comme en atteste la "razzia" opérée par Jannik Sinner, vainqueur de six Masters 1 000 d'affilée entre 2025 et 2026.
Il s'agit bien du même terrain, des mêmes règles et des mêmes adversaires. Il faut simplement être capable de transposer ses qualités sur les plus grandes scènes, où l'exigence mentale et physique est – il est vrai – supérieure. Certains, très rares, ne sont pas arrivés à le faire. C'est une question d'apprentissage. Et jusqu'à preuve du contraire, Arthur Fils et Rafael Jodar ont toujours été du genre à apprendre vite, et bien.
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