"Rien n'a été facile" : Chancel Mbemba, du placard à Marseille à la gloire avec la République Démocratique du Congo
Par Emile Pawlik
Mis à jour 16/11/2025 à 17:48 GMT+1
Héros de la qualification jeudi de la République Démocratique du Congo au détriment du Cameroun (1-0) en finale de barrages, Chancel Mbemba revient de loin. Mis de côté par l'Olympique de Marseille l'an passé, le capitaine congolais remonte la pente à Lille. Avec ce but victorieux, le défenseur continue une belle histoire avec sa sélection. Là où tout a commencé, il y a 13 ans.
"Cherki a laissé passer une grosse chance"
Video credit: Eurosport
Lorsqu'il s'est retrouvé seul au second poteau sur corner, à quoi a-t-il pensé ? Quand le ballon a heurté son pied et trompé la vigilance de André Onana, quelles images ont tourné en boucle dans la tête de Chancel Mbemba ? A en voir sa joie extatique, la course effrénée du héros du soir tout autour du terrain de Rabat, beaucoup d'épisodes ont dû se bousculer tant les dernières années de l'ex-Marseillais ont été chaotiques. Que le défenseur des Dogues ait vécu sa résurrection sous le maillot de la République Démocratique du Congo n'a rien d'un hasard. Le capitaine des Léopards (100 sélections) a un attachement particulier à sa sélection qui va jouer sa place pour les barrages intercontinentaux face au Nigeria, ce dimanche (20h).
Si cette rédemption sous le maillot de l'équipe nationale est symbolique, c'est parce que pour le natif de Kinshasa, tout a débuté au pays. Il a commencé au MK Etanchéité, un club de la capitale où il a fait ses gammes avant de s'envoler en Belgique, à Anderlecht. Alors qu'il ne compte encore aucune apparition en pro, le sélectionneur de l'époque Claude Le Roy, le repère et l'appelle en 2012. "Ce qui m'a le plus touché, c'est son regard un peu incrédule quand il est arrivé en équipe nationale. Il était tout gamin (18 ans, NDLR), il n'en revenait pas, il semblait se demander : 'Mais comment je suis arrivé si vite là ?'", s'est souvenu auprès de l'AFP, celui qui était sur le banc des Congolais de 2011 à 2013.
Un an dans le loft marseillais
Entre-temps, le petit Chancel arrivé sur la pointe des pieds est devenu grand et a connu de nombreuses expériences dans les grands championnats. Avec un passage mémorable à Marseille (2022-2025), où de taulier de la défense, il est passé à indésirable avec l'arrivée de Roberto De Zerbi. Mis de côté dans le "loft" en même temps que Pau Lopez, Jordan Veretout, ou encore Samuel Gigot à l'été 2024, le Congolais a passé une saison mouvementée à la Commanderie, à s'entraîner seul, se maintenir en forme, malgré les pressions de l'Olympique de Marseille pour le faire quitter le club. Il a d'ailleurs, selon les informations de L'Equipe, déposé en septembre une plainte contre son ancien club.
De cette situation épineuse dans les Bouches-du-Rhône, il est passé à autre chose avec un départ au LOSC, pour lequel son sélectionneur, Sébastien Desabre, a joué un rôle décisif. Olivier Létang s'est renseigné sur le joueur justement, qui continuait d'être sélectionné et Desabre a fait "de très bons retours" au président nordiste. Ce soutien ne vient pas de nulle part, puisque pendant que la situation s'enlisait à la Commanderie, Chancel Mbemba continuait d'honorer les appels de sa sélection. "Il est très concerné, c'est un des ces joueurs à qui on n'imposera jamais de jouer en club à la place de sa sélection", indiquait d'ailleurs Claude Le Roy, à l'AFP en 2023.
Le Roy : Chancel n'est pas une grande gueule
A Lille, depuis son arrivée, le défenseur de 31 ans peine à enchaîner avec quelques passages sur le banc, mais rien de plus normal pour un joueur qui n'avait pas joué depuis un an. Au lendemain de son but victorieux, il a posté un message sur ses réseaux pour montrer toute sa gratitude et raconter en filigrane comment il a remonté la pente. "Si je vis ce moment aujourd'hui, c'est grâce au travail, à la rigueur et à la discipline que je m'efforce d'appliquer chaque jour. Rien n'a été facile, mais chaque étape m'a rendu plus fort", a-t-il écrit vendredi. Avant d'exprimer toute sa gratitude et le poids du soutien de ses supporters. "Dans les bons comme dans les moments difficiles, vous êtes restés derrière nous, derrière moi." Le "moi" doit encore plus compter dans la tête de Chancel Mbemba, même s'il n'aime pas se mettre en avant.
Capitaine régulier depuis deux ans, Mbemba force un peu sa nature réputée comme réservée et timide. "Contrairement à ce qu'on dit, Chancel n'est pas une grande gueule, pas du tout. Il force sa nature parce qu'il est capitaine, mais c'est un doux, un timide, avec une petite voix. Il est très authentique, et d'une gentillesse incroyable", racontait encore Claude Le Roy, auprès de l'AFP. Solide, fiable et en plus buteur : avec un joueur comme ça la République Démocratique du Congo peut voir loin et aborder sereinement le challenge face au Nigeria pour conserver l'espoir de participer à son premier mondial depuis 1974, sa seule et unique participation.
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