Jose Luis Chilavert, l'histoire d'un mythe controversé (avant France-Paraguay, huitième de finale de la Coupe du monde 2026)

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Comme en 1998, la France et le Paraguay se retrouvent en 8es de finale du Mondial. Ce jour-là à Lens, les Bleus avaient buté pendant 113 minutes sur Jose Luis Chilavert. Un gardien tout aussi mythique sur sa ligne que lorsqu'il tentait sa chance sur coups francs ou penalties. Retraité des terrains depuis 2004, le Paraguayen reste une personnalité controversée avec des sorties souvent déplacées.

"La première fois en 14 ans qu’il y a une unanimité autour de Deschamps"

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"Allez ouais... Et Laurent Blanc qui sauve la maison...". Dans la tribune de presse du Stade Bollaert, ce dimanche 28 juin 1998, Thierry Roland traduit au micro ce que des dizaines de millions de Français ressentent au plus profond de leurs tripes lorsque le numéro 5 des Bleus inscrit le but en or devant le charismatique et redouté Jose Luis Chilavert.
Après une rencontre bloquée à double tour et très âpre sur le plan physique, la France passe non sans mal l'obstacle du Paraguay en huitièmes de finale de la Coupe du monde grâce à la réalisation de cette fameuse 113e minute du "Président" monté aux avants postes malgré les instructions qui l'invitaient à rester sagement derrière.
Car lors de cet après-midi ensoleillé d'été, les joueurs d'Aimé Jacquet et tout le pays comptent, avec angoisse, le temps qui sépare les Bleus d'une éventuelle séance de tirs au but face à Jose Luis Chilavert. Avec l'aide d'une défense très resserrée, le dernier rempart de 1,88m, qui relèvera un à un ses coéquipiers inconsolables sur la pelouse de Lens au coup de sifflet final, avait jusqu'ici repoussé les assauts des coéquipiers de Didier Deschamps, encore privés de Zinédine Zidane pour cause de suspension après son carton rouge direct reçu contre l'Arabie saoudite (4-0, deuxième journée de la phase de groupes).
Contre la France, j'étais convaincu que j'allais arrêter au moins deux tirs au but
"C'est l'un des meilleurs matches de ma vie et j'étais protégé par la meilleure défense que j'aie connue dans ma carrière, a-t-il assuré vingt ans après à L’Équipe. Si on atteignait les tirs au but, j'étais convaincu qu'on allait se qualifier. J'étais convaincu que j'allais arrêter au moins deux tirs au but."
Outre ses arrêts notables lors du Mondial 1998, permettant au Paraguay d'éliminer l'Espagne et la Bulgarie en poules, qui se cachait derrière Jose Luis Chilavert, élu gardien de l'année par la FIFA en 1995, 1997 et 1998 ? Un colosse, donnant l'impression que le but adverse était tout petit, une vivacité digne d'un félin, une poigne de fer, mais surtout un atypique goleador. Coups francs parfaitement enroulés, énormes mines, penalties subtilement tirés : le gardien sud-américain a inscrit 62 réalisations dans sa carrière dont 8 en sélection paraguayenne entre 1989 et 2001 (en 74 capes). Un bilan totalement dingue pour celui qui reste à l'heure actuelle le seul gardien de l'histoire à avoir inscrit un triplé en match officiel (en octobre 1999 avec Vélez Sarsfield pour le compte du championnat argentin).
En France, Jose Luis Chilavert n'est pas seulement connu pour ce huitième de finale mythique de Coupe du monde. Entre 2000 et 2002, le Paraguayen a porté le maillot de Strasbourg. "Il avait une très haute estime de lui-même, confiait Valérien Ismaël en 2019. Il parlait de lui à la troisième personne. En arrivant dans le vestiaire le matin, on lui demandait : 'Chila, tu as bien dormi, tout va bien ?'. Il répondait : 'Oui, Chila a bien dormi'. Au-delà de ça, ses coups-francs étaient exceptionnels. Sa relance du pied gauche était somptueuse. J’avais énormément de respect pour lui."
Aux entraînements avec Strasbourg, il ne plongeait plus beaucoup car il n'avait qu'une envie : frapper au but
Avec le Racing, l'ancien gardien du Real Saragosse (1988-1991) a connu une relégation en Ligue 2 en 2001. Mais aussi un sacre en Coupe de France la même année, avec en prime un penalty marqué en demi-finale contre le champion de France Nantes (4-1) et un ultime tir au but réussi en finale contre Amiens (0-0 a.p, 5-4 aux t.a.b) au Stade de France avant une remontée dans l'élite au printemps 2002.
"Je garde un gros respect pour lui, nous confie son ex-coéquipier strasbourgeois Stéphane Roda. À son arrivée en cours de saison, il a 35 ans, on est à la ramasse en championnat et on l'attend un peu comme le messie car il avait marqué le monde en 1998. C'était quelqu'un d'important dans le vestiaire parce qu'il a amené sa grinta. Mais il est arrivé en méforme et en surpoids. Donc, il n'est pas à son top niveau mais il a fait ce qu'il a pu. Aux entraînements, il ne plongeait plus beaucoup car il n'avait qu'une envie : frapper au but."
En dehors du terrain, Jose Luis Chilavert a aussi marqué les esprits à Strasbourg. Stéphane Roda encore : "Humainement, c'est un super mec, très ouvert, très gentil. Tu pouvais compter sur lui et il n'avait peur de personne." Comme nous glisse un ancien Strasbourgeois, qui a préféré conserver l'anonymat, le gardien paraguayen "n'hésitait pas à monter au créneau en cas de problème". "Il y avait eu une histoire concernant son contrat. Il avait eu la haine et je le revois encore balancer des insultes à un dirigeant. Il lui avait dit 'la concha de tu madré'", se souvient-il.
Comme cette anecdote l'illustre, l'ancien portier, resté une véritable star au Paraguay, s'est aussi fait remarquer par ses multiples frasques. Crachat envers Roberto Carlos, multiples bagarres avec des adversaires, Jose Luis Chilavert était loin d'être un enfant de chœur sur le rectangle vert. Retraité des terrains depuis 2004, le Sud-Américain est aussi un adepte des polémiques devant les journalistes. Avec souvent des vannes borderlines.
Après que Vinicius Jr a dénoncé le racisme, dont il a été victime sur certaines pelouses de Liga, il a répliqué en déclarant il y a deux ans : "Ne sois pas un p..., le football est pour les hommes". Quelques années plus tôt, au micro d'ESPN, sa remarque visant Michael Ballack était tout aussi déplacée : "Vous ne pouviez pas vous approcher de lui. Son odeur était terrible, absolument terrible. Il puait la chèvre".
En 2023, Jose Luis Chilavert s'est présenté à l'élection présidentielle avec un programme présenté comme nationaliste, réactionnaire et homophobe. Mais il est tombé de très haut en recueillant 0,83% des suffrages. Comme ce 28 juin 1998 sur la pelouse de Bollaert après avoir encaissé le but en or de Laurent Blanc.
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