NBA Playoffs - Pourquoi les San Antonio Spurs de Victor Wembanyama posent autant de problèmes au Oklahoma City Thunder
Par Antoine Pimmel
Publié 21/05/2026 à 07:01 GMT+2
Vainqueurs du Oklahoma City Thunder à cinq reprises en six matches cette saison, les San Antonio Spurs ont trouvé la formule contre les champions en titre. Ce sont désormais à Shai Gilgeous-Alexander et à ses partenaires de s’adapter aux forces et aux faiblesses de Victor Wembanyama et de son équipe.
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Les joueurs du Thunder et des Spurs commencent à se détester amicalement. Alors, bien sûr, ce n’est pas vraiment de la haine entre les deux équipes qui ont terminé en tête de la NBA avec respectivement 64 et 62 victoires. Le match d’ouverture des finales de Conférence Ouest n’a pas été le théâtre d’une animosité particulière mais plutôt d’une très forte intensité entre deux groupes bien conscients que l’autre se trouve sur le chemin de leur plus grand rêve. Celui du doublé pour Oklahoma City et d’une première bague de champion pour Victor Wembanyama et ses camarades. Cette affiche, peut-être l’une des plus belles de ces dix dernières années en playoffs, n’est pas seulement une finale avant l’heure (sans faire offense aux Knicks et aux Cavaliers) mais aussi le premier acte d’une rivalité future qui s’annonce terriblement excitante.
Sauf que pour l’instant, leurs affrontements tournent presque toujours à l’avantage de San Antonio. Le Match 1 épique entre Spurs et Thunder était déjà le sixième de la saison entre les deux mastodontes. Pour cinq victoires de la formation texane. Un premier succès très disputé lors de la demi-finale de la NBA Cup le 13 décembre dernier (111-109). OKC affichait un bilan historique de 24 victoires en 25 rencontres et semblait alors invincible avant de tomber contre Wembanyama, qui sortait du banc ce soir-là, et les siens. Les Spurs ont alors infligé deux nouveaux camouflets au Thunder en moins de deux semaines : une victoire de 30 pions (130-110) le 23 décembre et une autre par 15 points d’écart le soir de Noël (102-117).
San Antonio, un "mauvais match-up
Shai Gilgeous-Alexander et ses partenaires ont pris leur revanche en janvier (119-98) avant de s’incliner encore une fois en février (116-106). La logique de la saison régulière ne s’applique pas toujours aux playoffs. C’est donc dans une toute autre atmosphère, avec un niveau d’engagement exceptionnel de part et d’autre, que les hommes de Mitch Johnson ont encore pris l’ascendant sur ceux de Mark Daigneault lundi dernier (115-122 après deux prolongations).
Alors comment expliquer les difficultés de la meilleure équipe du championnat, invaincue en playoffs sur cette campagne jusqu’à ce Match 1, contre des Spurs qui ne se sont même pas qualifiés pour les joutes du printemps dernier ? Il faut déjà comprendre que San Antonio est un "mauvais match-up" pour toutes les franchises. Ou plutôt qu’il n’y a pas de vraie "bête noire" pour les éperons. Parce que la principale caractéristique et qualité de cette équipe reste justement sa polyvalence et sa capacité à pratiquer tous les baskets. Défensif. Offensif. Rapide. Sur demi-terrain. Grand. Petit. Dans la peinture. Près du cercle. Collectif. Avec de fortes individualités. Bref, du basket total.
Et dans cette panoplie d’atouts, les Spurs ont quelques cartes qui posent problème au Thunder. La première étant évidemment la présence de Victor Wembanyama, une superstar qui peut légitimement prétendre au statut abstrait mais si souvent discuté de "meilleur joueur du monde" ou de "la putain de planète", pour reprendre les mots de son coéquipier Stephon Castle.
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Shai Gilgeous-Alexander a remporté son deuxième titre de MVP de la saison régulière en NBA.
Crédit: Getty Images
Les Spurs ont les atouts pour limiter Shai Gilgeous-Alexander
Cette étiquette est encore collée au nom de Shai Gilgeous-Alexander, élu MVP pour la deuxième année de suite et qui a justement reçu son trophée, sous les yeux de Wembanyama (troisième du vote), juste avant l’entre-deux du premier match de la série. Gêner le Thunder revient à essayer, tant bien que mal, de ralentir l’arrière le plus prolifique et le plus efficace depuis Michael Jordan. Plus facile à dire ou à penser qu’à réaliser. Johnson et son staff sont arrivés avec un plan précis. Pas forcément innovant. Les coaches de San Antonio ont repris en partie la formule dessinée par Dallas, dernière équipe à avoir fait tomber Oklahoma City en playoffs (en 2024), et par Los Angeles. Avec une différence majeure : les Spurs ont le personnel nécessaire pour appliquer la stratégie avec brio.
Le schéma consiste à garder le plus souvent possible un défenseur entre la superstar du Thunder et le panier tout en lui fermant l’accès au cercle avec des aides permanentes, celles d’un pivot de 2,24 mètres aux bras tentaculaires, dès qu’il se retrouve en mesure de pénétrer. Même le premier verrou défensif de San Antonio diffère des autres équipes. Entre Stephon Castle et Carter Bryant, mais aussi dans une moindre mesure Dylan Harper et Devin Vassell, les Spurs ont des extérieurs capables de tenir le choc et de ne pas être débordés sur le moindre démarrage du Canadien. Un luxe.
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Wembanyama : "On compense notre manque d'expérience par l'envie de vaincre"
Video credit: Eurosport
Wembanyama en tour de contrôle
Vient ensuite Wembanyama. Un joueur dont l’impact défensif est probablement du jamais vu, même en NBA. Les Spurs font le choix de "placer" leur intérieur en défense sur Isaiah Hartenstein ou sur un ailier comme Lu Dort ou Alex Caruso mais uniquement dans le but de quitter son vis-à-vis pour zoner près de la peinture. Il est comme une tour de contrôle en base arrière, un libéro prêt à jaillir pour repousser chaque tentative. Sauf qu’il n’a parfois même pas besoin de sauter ou d’essayer de contrer. La simple présence du premier DPOY à l’unanimité de l’Histoire suffit souvent à pousser ses adversaires à rebrousser leur chemin.
C’est une arme de dissuasion massive, celle sur laquelle aucune autre équipe que San Antonio ne peut compter, qui écarte Oklahoma City de ses forces en attaque. Shai Gilgeous-Alexander pouvait sembler presque passif pendant toute une mi-temps lors du Match 1. Parce que éloigné de ses spots préférentiels. Les Spurs forcent les Caruso, les Dort, les Cason Wallace ou Chet Holmgren à prendre des tirs lointains. Ils misent sur le fait que ces derniers n’en mettront pas assez pour gagner. Et c’est ce qui s’est passé lundi mais aussi pendant la saison régulière : le pourcentage de réussite extérieur du Thunder est descendu de 36% en moyenne à 33% contre la franchise texane.
Lu Dort et Isaiah Hartenstein, deux membres clés de la rotation, deviennent presque inutiles dans ce duel. Parce qu’ils n’écartent pas assez le jeu. C’est d’autant plus vrai pour le pivot allemand, sorti au bout de seulement 2 minutes par Mark Daigneault (au profit de Caruso) lors du dernier match. Il n’a plus fait jouer une seule fois Hartenstein en même temps que Wembanyama et le joueur, signé pour 30 millions la saison, s’est contenté des minutes face à Luke Kornet. La paire d’intérieurs qu’il forme avec Holmgren est pourtant l’un des facteurs majeurs du succès des champions en titre. Un duo qui affiche un différentiel de +18 points sur 100 possessions en playoffs et +21 points sur 100 possessions en saison régulière. Le Thunder brille d’ordinaire en faisant jouer ses deux grands ensembles. Contre les Spurs, ce n’est pas possible. Parce que Wembanyama va en profiter pour rester accroché près du cercle en défense et, au contraire, sortir Hartenstein de la raquette pour l’agresser en dribbles en attaque.
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Victor Wembanyama (San Antonio Spurs)
Crédit: AFP
Holmgren dans le dur face à Wemby
Et sans ses deux intérieurs, le Thunder souffre aux rebonds. L’écart était d’ailleurs largement en faveur des Spurs lors du Match 1 (61 à 40). Holmgren pourrait punir le fait que le Français ne défend pas sur lui. Parce que ça signifie qu’il est marqué par un adversaire plus petit, souvent un ailier. Il l’a déjà fait contre d’autres équipes, notamment Los Angeles et Phoenix. Mais l’Américain souffre contre San Antonio. Les extérieurs texans sont finalement encore une fois assez mobiles et puissants pour ne pas se laisser passer sur les drives du pivot.
Ce dernier a l’avantage de taille mais c’est tout et ça ne lui suffit pas à se créer des bons tirs. Il n’a mis que 8 points lundi dernier et il tourne à 10 points de moyenne en saison régulière contre les Spurs, son deuxième plus petit total parmi les 29 clubs de la ligue. Le "small ball" d’OKC résiste mieux mais subit généralement la taille de Victor Wemanyama en attaque. Même si Caruso peut le gêner avec son centre de gravité plus bas, il a dominé dans la raquette pour aller marquer ses 41 points.
Les Spurs sont aussi assez jeunes et athlétiques pour ne pas céder au défi physique imposé par les champions 2025. Tout en ayant suffisamment de talents pour pratiquer du bon basket. Avec notamment plusieurs manieurs de ballons à même de percer le verrou du Thunder. Les Lakers auraient pu le faire avec Luka Doncic et Austin Reaves (et évidemment LeBron James) à 100% de leurs capacités mais ils n’auraient jamais eu l’endurance de San Antonio, encore moins le niveau défensif.
Quelles adaptations pour le Thunder ?
Tout ceci étant dit, la série est loin d’être gagnée pour les Spurs. Il faut s’attendre à des ajustements de la part du Thunder. Ça devrait commencer dès le Match 2 avec un probable changement de cinq majeur. Wallace ou Caruso, voire carrément Jared McCain, ont une chance de prendre la place d’Hartenstein dans le groupe de départ. Peut-être aussi que Shai et ses partenaires ont un peu trop "respecté" Wembanyama en n’osant pas aller plus souvent au cercle. C’est le message que délivrait en substance le MVP : "Il présente évidemment un sacré challenge : il est très grand, il gêne l’accès au cercle. Il faut être patient et malin en l’attaquant. Mais il faut aussi être agressif. Si vous commencez à trop réfléchir, vous perdez ce réflexe de l’agresser."
Le Thunder se doit de tester un peu plus le Français, de le pousser à faire des fautes. Quitte à encaisser 5 ou 6 contres de celui qui en a mis 12 (enfin…) contre les Timberwolves au tour précédent. Surtout que Gilgeous-Alexander sait obtenir des lancers en pagaille et lui comme Williams ont le talent pour marquer des paniers contestés. C’est finalement parfois une meilleure option qu’un tir ouvert de Dort derrière l’arc. Ces finales de Conférence vont être aussi une bataille tactique. Sauf que pour la première fois depuis trois ans, c’est le Thunder qui doit s’adapter à un match-up défavorable.
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